LIBRAIRIE MOTS ET CIE

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Un homme

7 Décembre 2007 , Rédigé par Le libraire Publié dans #LES VALEURS SÛRES

                                 UN HOMME

 

 

 

 

                  Philip Roth

 

                              (Gallimard)

 

 

  

C’est le roman d’un homme parmi d’autres, le roman de tous les hommes et de chacun d’entre nous comme le suggère le titre original. « Everyman ».

  Ce roman implacable est-il un livre-testament ?

 Car c’est la mort ici qui ouvre le bal  puisque tout commence par la mort du héros et ses obsèques dans un petit cimetière juif à l’abandon près de Newark. Suit le bilan sa vie qui se déroule depuis sa jeunesse et sa première confrontation avec la grande faucheuse sur les plages de son enfance. Un parcours semé des banalités du quotidien. Des amours chaotiques, il a été le mari de trois femmes. Des épreuves familiales, il a deux fils de son premier mariage qui le méprisent profondément, mais sa fille Nancy, née de sa deuxième femme, est la consolation et le réconfort de sa vie. La réussite professionnelle, c’était un publicitaire à succès dans une agence New Yorkaise avant de prendre sa retraite. L’ennui, le vieillissement inéluctable, jalonné de pontages coronariens, la vision de sa déchéance, quelques sursauts, quelques dernières illusions et la mort au bout de la route.

 Rien de spectaculaire, tout juste un chemin ordinaire entre la jeunesse et la mort. Un récit suffisamment simple et épuré pour qu’il nous aille droit au cœur, un récit digne comme la poignée de terre que sa fille jette sur le cercueil en guise d’adieu.

  Avis du libraire : Un roman sans illusion, bouleversant mais excellent.

   

Le rapport de Brodeck

9 Novembre 2007 , Rédigé par Le libraire Publié dans #LES VALEURS SÛRES

               LE RAPPORT DE BRODECK     

 

 

                                    Philippe Claudel

                                                       (Stock)     

 

«  Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien »

D’emblée le ton est donné, le livre est placé sous le signe de la culpabilité et les non-dits cachent toujours le pire.

   L’histoire se déroule à partir d’un fait divers : quelque part dans un village à l’est de l’Europe un homme est assassiné.

   Rescapé des camps Brodeck aspire au repos de l’âme, son travail consiste à écrire de brèves notices sur l’état da la flore et de la faune, du climat pour l’administration, c’est la raison pour laquelle le maire lui demande de faire un rapport des faits, Brodeck, consciencieux à l’extrême ne veut rien cacher de ce qu’il a vu, il fouille dans les secrets des uns et des autres pour retrouver la vérité même si elle n’est pas bonne à dire. Il raconte comment ‘l’anderer’( l’autre), cet homme riche est arrivé au village et comment devenu le miroir de cette petite société qui ne supporte ni le reflet de sa conscience, ni la culpabilité de ses crimes passés, il était important qu’on l’élimine.

  Brodeck fait défiler les personnages, multiplie les ruptures narratives, remonte le temps mais jamais ne s’égare. Au fil des chapitres l’horreur s’accentue et on est submergé par un sentiment de malaise devant l’absurde, l’abject et le cruel.

    Avis du libraire : C’est un roman que l’on vit avec ses tripes. Fascinant de bout en bout. Mais au fait ce village sans nom ne serait-il pas le monde ?

    

 

 

 

 

 

 EXTRAITS

"...au camp j'ai été pendant de longs mois le Sheizeman "l'homme merde". Mon rôle consistait à vider les latrines au-dessus desquelles les ventres de plus de mille prisonniers se soulageaient plusieurs fois par jour...

"Les premières fois je me souviens d'avoir vomi toutes les tripes de mon corps et le peu qu'elles contenaient. Puis je me suis habitué. On s'habitue à tout. Il y a pire que l'odeur de la merde. Il y a quantité de choses qui ne sentent rien mais qui carient les sens, le coeur et l'âme plus sûrement que tous les excréments"

 

 

 

 

 

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"J'ai relu tantôt mon récit depuis le début. je ne parle pas du rapport officiel, je parle de toute cette confession . Cela manque d'ordre, je pars dans tous les sens. Mais je n'ai pas à me justifier.

Les mots viennent dans mon cerveau comme la limaille de fer sur l'aimant, et je les verse sur la page sans plus me soucier de quoi que ce soit. Si mon récit ressemble à un corps monstrueux, c'est parce qu'il est à l'image de ma vie, que je n'ai pu contenir et qui va à vau-l'eau"

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"L'idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L'une et l'autre s'engrassent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande qu'à se propager"

 

 

 

 

Alabama song

5 Novembre 2007 , Rédigé par Le libraire Publié dans #LES VALEURS SÛRES

                                      ALABAMA SONG

  

 

                                                          Gilles Leroy

 

 

 

                                                               (Mercure de France)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce livre raconte le destin de Zelda Sayre la femme de Francis Scott Fitzgerald. Jusqu’ici les biographes avaient fait la part belle à ce dernier, laissant entendre que les extravagances puis la folie de celle-ci auraient été un frein à sa  production littéraire. L’auteur nous en offre une tout autre version.

Elle n’est encore qu’une toute jeune fille de l’aristocratie du Sud des Etats-Unis lorsqu’elle rencontre en juin 1918 un fringant lieutenant de 21 ans qui doit s’embarquer pour l’Europe. Lui est sûr de devenir un écrivain célèbre, elle ne rêve que de quitter le Sud profond du moins est-ce ce qu’elle confie à son psychiatre des années plus tard en 1940, l’année de la mort de Scott alors qu’elle demande a être internée dans un hôpital psychiatrique.

 Nous allons ainsi remonter le cours de sa mémoire, un retour douloureux dans une existence plus que chaotique, un long naufrage nourri d’alcool, de célébrité et de jalousie. Zelda se fane à l’ombre de son grand écrivain et la folie s’immisce dans les pages comme elle s’est immiscée dans sa vie. L’écriture devient tourmentée et le lecteur plonge dans l’esprit malmené et persécuté de Zelda dont le mari pille les écrits et ne la laisse pas publier sous son propre nom,  dénigre le talent pour la danse ou pour la peinture et finit par lui dénier le droit de s’occuper de sa fille. Tant d’incompréhension, de dénigrement ne peuvent pas laisser le lecteur indifférent.

 

 Et pourtant, Gilles Leroy le dit clairement en fin de livre : « Il faut lire Alabama song comme un roman et non comme une biographie de Zelda Fitzgerald en tant que personne historique »,

mais qu’il est difficile de lire ce roman à la première personne sans croire qu’il s’agisse d’une autobiographie de Zelda !

 

 Avis du libraire : Un livre passionnant, d’une puissance narrative rare.

 

 

 

 

Chicago

29 Octobre 2007 , Rédigé par Le libraire Publié dans #LES VALEURS SÛRES

                                    CHICAGO  

 

                                         Alaa El Aswany

 

                       Actes Sud

 

  

 C’est Chicago, ville que l’auteur connaît bien pour y avoir fait une partie de ses études, qui sert de décor à ce nouveau roman. Nous retrouvons une Little Egypt sur un campus universitaire américain, dans une Amérique post 11 septembre.

Ce microcosme riche et foisonnant  est une tour de Babel idéologique et culturelle où  étudiants et enseignants égyptiens côtoient  ceux de cette Amérique sûre d’elle-même, un peu naïve mais qui donne sa chance à tous. Débats politiques, question religieuse, émois de l’amour, font le quotidien de cette société miniature. Quel avenir pour Nagui qui tombe amoureux d’une étudiante juive ou pour le professeur John Graham qui vit avec une  noire victime de discrimination ? Comment la très croyante Cheïma, va-t-elle  pouvoir suivre sa religion et résister aux avances de son ami Tarek ?  Maroua obtiendra-t-elle le soutien de ses parents, très traditionnalistes, pour divorcer de l’abominable Danana ?

L’Egypte et ses contradictions n’en sont que plus vivants sur ce campus américain où se confrontent les us et coutumes des deux sociétés où l’intolérance et préjugés s’effacent. Certains sont pris dans le sentiment d’appartenance à un pays qui les exalte mais les déçoit, d’autres ont définitivement émigré mais gardent, enfouie au plus profond,  la nostalgie de leurs racines, d’autres encore militent pour que régime égyptien tombe .

 Sur fond de visite du président égyptien, on s’épie, on s’espionne, on se craint, on complote, le service de sécurité de l’ambassade qui surveille tous les ressortissants est sur les dents et le livre prend une véritable dimension politique.

 

Avis du libraire : Un livre très dense et très réussi.

 

 

 

le bonheur

11 Octobre 2007 , Rédigé par Le libraire Publié dans #LES VALEURS SÛRES

                                 LE BONHEUR 

                          Emmanuel Darley ( *)

  

                                           (Actes Sud)

     

 

 

     

 Ils s’appellent de toponymes, Kurde ou Bakou, Tbilissi ou Mossoul, Conakry ou Cachemire, Karachi ou Lagos… quelle importance puisque au pays Bonheur (ainsi le nommaient-ils quand ils étaient encore là-bas), ils seront  Rien, Personne, Ombre, Silhouette voire Mains, Sueur, Echine Courbée, Obéissance, Fatigue, Obstination. 

  C’est cela qu’ils sont venus chercher ?  

                                   Cet Eldorado ? Ce pays Bonheur ?  

                                                     Il doit y avoir une erreur !   

 Reportage en direct, la voix est rendue à ces muets qui se sont cachés dans le train d’atterrissage des avions, entassés derrière les cageots de tomates des camions, ou sur des rafiots pourris pour passer les frontières.  

  Tous ne savent pas parler la ‘langue Bonheur’ mais leurs récits, morceaux de vies, lambeaux de destin clandestin, convergent, s’amplifient, s’entrelacent dans  un grand chœur narratif à la langue bouleversée et puissante, au style saccadé, elliptique, où chaque phrase épurée à l’extrême percute et fait mouche.   

Avis du libraire : Un livre très fort dont vous ne ressortirez pas indemne.

              A conseiller vivement à nos instances dirigeantes !

  (*)Emmanuel Darley lira des extraits de son livre et le signera à la librairie samedi 13 octobre de 10:30 à 13:00 au cours d'un "petit déjeuner littéraire".

 

 

 

   Morceaux choisis

   « Pas pensé à ça. Pas du tout, non.
Tu fais tes premiers pas dans là-bas et c'est comme basculer, entrer d'un coup dans un autre monde.
Il se passe quelque chose d'étrange. Tout le monde te regarde. Personne ne comprend quand tu parles. Toi-même tu ne saisis rien de ce qui est écrit et dit. Tu restes là interdit et tu repenses à celui-là sur le chemin qui t'avait dit, tu parles pas bonheur ? Langue bonheur ? Pas facile, ça va être pour toi. »

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        « Tu n’existes pas, tu avances, tu rases les murs. Tu avances et personne ne te remarque. Tu n’existes pas, c’est là-bas qui t’a avalé. Tu vas, tu viens et personne ne doit te voir. Papiers-non tu es …Tu regardes devant toi, mais toujours aussi tu as l’œil derrière, sur le côté. Plus loin devant.»

  ________________________________________________________

 

 

 

 

      « Combien là-dedans ? Dépêchons, allez, ouvrez ! Encore quelques-uns là-dedans qui respirent ? Faites vite ouvrez-moi cette porte.  

  Qu’est-ce que c’est que vous transportez ? 

Y a rien là-dedans. Des tomates quoi. Déjà vu des tomates respirer, vous ?  Personne ne respire plus là-dedans mais je sais bien ce qu’il en est. » 

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     « Nous vivons et voilà tout .

 De moins en moins. Tout en plus pire. Un sou avant pour chaque jour. Un demi-sou désormais. Comment faire alors ?...trop cher tout quand d’autres rutilent, mieux nés qui sait ?...

 Demain, après-demain, un jour prochain, je vais là-bas »

   __________________________________________________________

 

 

 

       « Un jour, j’irai là-bas.

  Ne dis pas ça, ne fais pas comme les autres, ne suis pas le troupeau  mouton.

 Détourne donc les yeux 

Je ne veux pas te perdre. Je te préfère ici.   

 

 

    Je te préfère vivant »

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

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