LIBRAIRIE MOTS ET CIE

Articles récents

Le mal de pierres

4 Janvier 2008 , Rédigé par Le libraire Publié dans #LES VALEURS SÛRES

                              LE MAL DE PIERRES

 

 

 

                                       Milena Agus

 

 

 

                        (Liana Levi)

 

 

 

Le roman se passe en Sardaigne où l’héroïne, pourtant belle, la trentaine, tarde à trouver un mari et fait même fuir tous les prétendants éventuels. Le mal de pierres (colique néphrétiques) dont elle souffre est l’arbre qui cache la forêt et le lecteur découvre le destin de ce personnage  étrange et un peu « dérangé » à travers les bribes de souvenir de sa petite fille avec qui elle a toujours eu une relation privilégiée. Cette héritière-confidente distille les révélations sur le destin de sa grand-mère qui finit par faire un mariage de raison à défaut du grand amour dont elle rêvait. Celle qui voit dans l’amour « la chose la plus importante » finira par le rencontrer lors d’une cure thermale sur le continent. Elle consignera ses émotions et son cheminement dans un cahier noir à tranche rouge que sa petite fille retrouvera des décennies plus tard. Cette femme, attachante et touchante, nous intriguera jusqu’à la dernière page où l’ultime pièce du puzzle se met en place et où vérité et fiction se superposent.

 Mais en littérature comment démêler le vrai du faux ?

 

 

 

 

 Avis du libraire : L’entourloupe élevée au rang d’art littéraire et on se laisse embobiner avec délice. Ce livre est un petit bijou.

 

 

 

  

 

Le goût de la mère

21 Décembre 2007 , Rédigé par Le libraire Publié dans #LES VALEURS SÛRES

                           LE GOUT DE LA MERE

 

                                           Edward St Aubyn

 

                  (Christian Bourgois)

 

  

Quatre étés  d’une vie de famille ordinaire vécue de l’intérieur : c’est la tribu Melrose dont les membres, parents et enfants, tour à tour exposent leur vision et leurs sentiments sur les relations familiales ou les menus faits du quotidien. Le récit de l’écrivain privilégie le lien qui unit l’enfant à sa mère.

 Il y a d’abord Robert, 5 ans, qui en regardant vivre son petit frère nouveau-né Thomas, se souvient avec nostalgie de ses premiers jours de vie, lové au cœur de ses sensations, quand il n’était pas au courant des choses qu’il n’avait jamais vues.

Dans la famille Melrose, il y a aussi Patrick, le père, la quarantaine, un grand enfant délaissé par sa femme, accaparée par le petit dernier. Les relations de Patrick avec sa propre mère sont loin d’être sereines depuis que, victime d’une attaque, elle s’est laissée convaincre par un gourou malhonnête de léguer sa fortune et sa maison dans le sud de la France à une fondation douteuse reproduisant ainsi le comportement de sa propre mère qui l’avait spoliée. L’alcool, les tranquillisants et le lit accueillant de sa maîtresse ne suffisent pas à régler les tourments et les incertitudes de Patrick.

Dans la famille Melrose, il y a la mère, Mary qui, bien décidée à ne pas reproduire les erreurs de sa propre mère qui l’a abandonnée aux bons soins de sa nounou pendant des années, s’occupe exclusivement de ses enfants au détriment de sa vie de femme.

Chaque voix est portée par un style différent : fluide, chaud et réconfortant pour l’enfant et de plus en plus lourd à mesure que la tension augmente, il se fait moqueur et ironique pour exprimer les tourments du père.

 

  Avis du libraire : Un livre drôle et fin alliant humour caustique et tendresse. Irrésistible !

                               Prix Fémina Etranger 2007

  

 

 

 

 

 

 

Nous sommes tous des playmobiles

12 Décembre 2007 , Rédigé par Le libraire Publié dans #LES VALEURS SÛRES

                  NOUS SOMMES TOUS DES PLAYMOBILES

 

                         Nicolas Ancion

 

                                             (Le Grand Miroir)

 

 Ce livre est un recueil de 10 nouvelles merveilleusement ficelées qui se situent toutes à Bruxelles et sont ancrées dans la réalité belge. Pourtant ne sommes-nous pas tous ces petits bonshommes colorés qui s’agitent, dérisoires et vains, dans leur ville de plastique ?

 Il y a ces deux jeunes anarchistes qui kidnappent un académicien français un peu trop féru de grammaire pour leur goût et qui le forcent à admettre sous la torture qu’on peut employer le conditionnel avec ‘si’ et l’indicatif avec’ après que’… si on en a envie. Il y a cet ex-détenu engagé chez un éditeur pour emballer des livres de poésie tellement nuls qu’il décide de les gribouiller d’inscriptions vengeresses. Il y a encore ce vieux solitaire qui ne rêve que de voir la charmante serveuse du café qu’il fréquente quotidiennement s’intéresser un peu à lui et à son modeste secret. Il y a cet homme qui choisit une opportunité sordide pour changer le cours de sa vie conjugale.

 Chaque nouvelle, habilement construite, écrite dans une langue pleine de verve et de cocasserie (« Cynthia… qui passait plus de temps sous le banc solaire que sur les bancs scolaires »), émaillée de quelques figures de style savoureuses (« La matinée fila comme un bas de femme ») nous réserve son lot de surprises. Critique acerbe et drôle de notre société, ce livre cultive le goût de la provocation, du canular et de la dérision.

 Avis du libraire : Cynique, fantaisiste, jouissif…un vrai régal !

_____________________________________________________________

 EXTRAITS

 

 

"Je le savais bien, moi, qu’il y a une justice qui veille au grain.

 Il faut juste lui laisser le temps. Et se tenir prêt à chaque instant. Parce qu’au moment où elle prend sa balance en main, la justice, il faut être là pour appuyer un grand coup sur le plateau, sans hésiter. Puisque la justice a les yeux bandés, il faut en profiter.  Il faut l’aider à faire son travail "

______________________________________________________________________________________________ 

 

 

 

"Si je vous confie un secret est-ce que vous êtes capable de le garder ?  Je veux dire de vraiment le garder rien que pour vous. De ne le partager avec personne…

 Je vous pose la question comme ça, directement, parce que moi, autant vous l’avouer tout de suite, je ne m’en sentirais pas capable du tout. Suffit qu’on me dise quelque chose d’intéressant, d’intime surtout pour que j’aille le répéter au premier venu. Ca me brûle la langue comme le sel sur la queue d’une limace. C’est plus fort que moi, faut que je partage "

_______________________________________________________________________________________________ 

 

 

 

" Pour changer le monde…moi je le dis et je l’écris : il suffit de changer de chemise.

 Si je n’avais pas eu cette réunion importante ce jeudi-là avec les acheteurs de Carrefour, si je n’avais pas mis ma chemise bleu clair avec les fines lignes blanches, si je n’étais pas descendu  en vitesse manger un durum sauce samouraï, si je n’avais pas mordu aussi fort en plein milieu de la crêpe , si la viande d’agneau ne s’était pas dérobée sous la pression de mes dents, si l’un des morceaux n’était pas tombé pile sur ma cravate et s’il n’avait pas glissé vers la gauche, il n’aurait pas maculé en une traînée blanchâtre et huileuse, tout un pan de ma chemise. Et ma vie n’aurait pas basculé "

__________________________________________________________________________________________________ 

 

"Oh ça allait déjà beaucoup mieux pour Fabian. Son cœur battait plus raisonnablement .Cynthia n’était plus que ce qu’elle aurait toujours dû être : une décolorée traitée à l’autobronzant, plus fréquentée qu’une bretelle d’autoroute qui passait plus de temps sous le banc solaire que sur les bancs scolaires . Fabian se jeta sur le sol, posa ses mains à plat sur la moquette, les pieds joints sur le rebord du lit et entama une série de cinq cents pompes pour se remettre en forme"

 

 

 

 

 

Un homme

7 Décembre 2007 , Rédigé par Le libraire Publié dans #LES VALEURS SÛRES

                                 UN HOMME

 

 

 

 

                  Philip Roth

 

                              (Gallimard)

 

 

  

C’est le roman d’un homme parmi d’autres, le roman de tous les hommes et de chacun d’entre nous comme le suggère le titre original. « Everyman ».

  Ce roman implacable est-il un livre-testament ?

 Car c’est la mort ici qui ouvre le bal  puisque tout commence par la mort du héros et ses obsèques dans un petit cimetière juif à l’abandon près de Newark. Suit le bilan sa vie qui se déroule depuis sa jeunesse et sa première confrontation avec la grande faucheuse sur les plages de son enfance. Un parcours semé des banalités du quotidien. Des amours chaotiques, il a été le mari de trois femmes. Des épreuves familiales, il a deux fils de son premier mariage qui le méprisent profondément, mais sa fille Nancy, née de sa deuxième femme, est la consolation et le réconfort de sa vie. La réussite professionnelle, c’était un publicitaire à succès dans une agence New Yorkaise avant de prendre sa retraite. L’ennui, le vieillissement inéluctable, jalonné de pontages coronariens, la vision de sa déchéance, quelques sursauts, quelques dernières illusions et la mort au bout de la route.

 Rien de spectaculaire, tout juste un chemin ordinaire entre la jeunesse et la mort. Un récit suffisamment simple et épuré pour qu’il nous aille droit au cœur, un récit digne comme la poignée de terre que sa fille jette sur le cercueil en guise d’adieu.

  Avis du libraire : Un roman sans illusion, bouleversant mais excellent.

   

Le rapport de Brodeck

9 Novembre 2007 , Rédigé par Le libraire Publié dans #LES VALEURS SÛRES

               LE RAPPORT DE BRODECK     

 

 

                                    Philippe Claudel

                                                       (Stock)     

 

«  Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien »

D’emblée le ton est donné, le livre est placé sous le signe de la culpabilité et les non-dits cachent toujours le pire.

   L’histoire se déroule à partir d’un fait divers : quelque part dans un village à l’est de l’Europe un homme est assassiné.

   Rescapé des camps Brodeck aspire au repos de l’âme, son travail consiste à écrire de brèves notices sur l’état da la flore et de la faune, du climat pour l’administration, c’est la raison pour laquelle le maire lui demande de faire un rapport des faits, Brodeck, consciencieux à l’extrême ne veut rien cacher de ce qu’il a vu, il fouille dans les secrets des uns et des autres pour retrouver la vérité même si elle n’est pas bonne à dire. Il raconte comment ‘l’anderer’( l’autre), cet homme riche est arrivé au village et comment devenu le miroir de cette petite société qui ne supporte ni le reflet de sa conscience, ni la culpabilité de ses crimes passés, il était important qu’on l’élimine.

  Brodeck fait défiler les personnages, multiplie les ruptures narratives, remonte le temps mais jamais ne s’égare. Au fil des chapitres l’horreur s’accentue et on est submergé par un sentiment de malaise devant l’absurde, l’abject et le cruel.

    Avis du libraire : C’est un roman que l’on vit avec ses tripes. Fascinant de bout en bout. Mais au fait ce village sans nom ne serait-il pas le monde ?

    

 

 

 

 

 

 EXTRAITS

"...au camp j'ai été pendant de longs mois le Sheizeman "l'homme merde". Mon rôle consistait à vider les latrines au-dessus desquelles les ventres de plus de mille prisonniers se soulageaient plusieurs fois par jour...

"Les premières fois je me souviens d'avoir vomi toutes les tripes de mon corps et le peu qu'elles contenaient. Puis je me suis habitué. On s'habitue à tout. Il y a pire que l'odeur de la merde. Il y a quantité de choses qui ne sentent rien mais qui carient les sens, le coeur et l'âme plus sûrement que tous les excréments"

 

 

 

 

 

______________________________________________________________ 

"J'ai relu tantôt mon récit depuis le début. je ne parle pas du rapport officiel, je parle de toute cette confession . Cela manque d'ordre, je pars dans tous les sens. Mais je n'ai pas à me justifier.

Les mots viennent dans mon cerveau comme la limaille de fer sur l'aimant, et je les verse sur la page sans plus me soucier de quoi que ce soit. Si mon récit ressemble à un corps monstrueux, c'est parce qu'il est à l'image de ma vie, que je n'ai pu contenir et qui va à vau-l'eau"

________________________________________________________________________________

"L'idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L'une et l'autre s'engrassent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande qu'à se propager"

 

 

 

 

<< < 10 20 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 > >>
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog